Bibliothèque Centrale

Conseils de lecture des bibliothécaires

Histoires insolites du patrimoine littéraire

 

Gérard Durozoi

Vanves : Hazan, 2019. – (Beaux-arts).

ISBN 978-2-7541-0587-3.

 

Cette promenade dans l’univers des livres et des bibliothèques aborde divers aspects curieux et insolites de leur histoire : le texte, la langue inventée, naturelle ou universelle, l'auteur fictif, anonyme ou dissimulé, le public, les relations avec d'autres écrits, les illustrations, la reliure et le façonnage.

Parcourons quelques chapitres de ces Histoires insolites du patrimoine littéraire.

Quelques ouvrages connus ou moins imprégnent notre civilisation comme Le livre des Morts des anciens égyptiens, Les tablettes du bouddhisme, l’Utopie de Thomas More ou les Contes de Perrault. Ils font autorité et sont cités comme fondateur de notre patrimoine littéraire.

Des textes oubliés, disparus ou inaccessibles sont retrouvés. Cet ouvrage évoque parmi d’autres exemples les Manuscrits de la mer Morte, ou l’ouvrage du Marquis de Sade Les 120 journées de Sodome. On y trouve aussi des écrits révélant des supercheries et des interprétations discutables.

Venons-en à la bibliothèque décrite comme une collection de textes où l’imagination s’associe à l’érudition. On prendra l’exemple de la bibliothèque d’Alexandrie où, par sa destruction, des pans entiers de la culture et de l’érudition auraient disparus. Elle devient presque une bibliothèque mythique nous livrant peu de chose mais alimentant l’imaginaire.

La reliure serait mise en exergue par Arcimboldo dans son Bibliothécaire où les livres s’empilent pour former un visage et un buste montrant des reliures soignées et frappées d’ornements dorés. Étrange représentation proposant une autre image de reliures que celle proposée par les bibliophiles.

A découvrir aussi parmi d’autres chapitres de l’ouvrage, les relations entre texte et images, l’importance de l’imprimerie, de l’édition et de leur histoire.

— M-C.J.

Orchestrer l'intelligence collective

Des repères pour les dirigeants, les managers et les responsables des ressources humaines afin de générer une performance durable

 

Charlotte Du Payrat​ ; avec la colla. de Charles-Henri Besseyre des Horts

Montreuil: Éditions Pearson, 2019. – (Management). – ISBN 978-2-7440-6742-6.

 

Voilà un livre dont le projet est de baliser, dans les entreprises, l’orchestration de l’intelligence collective par le RRH (Responsable Ressources Humaines) dont l’ADN serait de mettre le facteur humain au centre des ses préoccupations. En effet, pour l’auteure, « tout manager sait intuitivement que lorsque son équipe est heureuse de travailler ensemble, qu’elle s’entraide et s’écoute, les (bons) résultats finissent toujours par arriver : un enthousiasme collectif enclenche une dynamique positive » (p. 146). 

D’où le projet de « guider le salarié dans la construction d’un parcours répondant à ses motivations intrinsèques. [Le RRH] cherche alors à identifier ses aptitudes innées, c’est-à-dire les compétences que la personne parvient à exercer sans difficulté, naturellement presque sans effort. Il sait qu’un projet professionnel qui s’appuie sur des aptitudes est facteur de succès, source de motivation et de plaisir au travail, et favorise par là l’épanouissement et l’engagement » (p. 57). Dès lors le burn out, par exemple, cesse d’être une épreuve individuelle : en faisant du salarié un bouc-émissaire et un fusible, il est plutôt symptôme potentiel d’une intelligence collective faible ; « le burn-out ne s’explique pas par les logiques rationnelles et analytiques auxquelles [l’entreprise] est habituée. Aborder réellement le burn-out, c’est accepter de tenir compte de l’intelligence émotionnelle, de la cohésion des équipes, de la fragilité inhérente à notre condition humaine » (p. 93). Ce qui, prévient l’auteure, ne signifie pas que la liberté puisse être donnée à tout va, sans réflexion, sans lucidité quant aux motifs inconscients du RRH de préférer cette voie. Ainsi, on examinera si « la recherche du bien-être du salarié [n’est pas]qu’une posture dans le chef du RRH, pour l’amener à se montrer plus productif ? » (p. 146). Dans le chef des salariés (particulièrement dans un environnement ultra-individualiste, compétitif et agressif), il y a lieu parallèlement d’examiner si ceux-ci n’en viennent pas à « adopter une posture où l’hypocrisie et la fausse bienveillance ne sont qu’une manière de dominer parmi d’autres » (p. 149) et de servir « les intérêts de personnes en quête de pouvoir personnel » (p. 105).

L’auteure n’économise donc pas les mises en garde et recommandations quant à la façon de conduire un projet d’implantation et d’orchestration de l’intelligence collective, et prévient contre les dangers du laxisme. La place du RHH s’avère délicate : il a besoin de l’appui et de la confiance du dirigeant : « il est essentiel que celui-ci soit convaincu des bénéfices que la création d’un univers tenant compte des logiques humaines apportera aux salariés et à l’entreprise » (p. 65) et il ne peut considérer cela comme secondaire au regard de la rentabilité économique, et doit par exemple permettre que ce qui lui remonte du vécu des salariés soit anonymisé.

Notons, chez l’auteure, le goût de pratiques et de justifications qui peuvent sembler osées : le jeu des acteurs de théâtre sert de modèle, car il laisse plus de place à l’improvisation et à l’intuition. L’auteure se réclame aussi d’une conception de l’erreur renouvelée : « les projets sont lancés sans que l’on ait cherché à les planifier, à les valider, à les inscrire dans un réel parfaitement maîtrisé, sans assurance de retour sur investissement. Certains ne porteront pas de fruits : ils seront néanmoins riches en enseignements, car ils auront permis d’explorer, d’expérimenter, de mieux appréhender le futur et l’environnement. L’important dans ce cadre n’est plus le formatage des projets et leur viabilité mais l’expérimentation d’une diversité de projets, avec l’enthousiasme pour critère de choix essentiel » (p. 115)

Enfin, dans un chapitre de conclusions, l’auteure examine les enjeux de l’intelligence collective dans le contexte sociétal de la percée des starts up et de l’intelligence artificielle, et des algorithmes menaçantes pour la liberté et l’intimité. Il s’agit de « prioriser l’épanouissement du salarié avant même de porter attention aux produits et aux actionnaires, à la fois par conviction et par éthique » (p. 175). L’auteure nous avait prévenu dès les premières pages : c’est à un changement de type 2 (selon l’école de Palo Alto) qu’elle en appelle, changement comme de l’eau à partir de 100 °C : « l’eau acquiert alors des caractéristiques totalement différentes (volume, densité…). Toutes les règles qui s’appliquaient à elle, à l’état gazeux sont remises en question (comme la possibilité d’être dans un contenant…) » (p. IX).

— C.R.

Lire / écrire

 

photographies Bernard Plossu ; texte de Bernard Noël​​

Crisnée : Yellow now, 2019. – (Les carnets, n° 18). – ISBN 978-2-87340-442-0

 

Cet ouvrage s'inscrit dans la collection Les carnets, mise au point avec Bernard Plossu qui se propose de revisiter les archives d'un photographe ou d'un collectionneur et d'en prélever des séries thématiques.

Bernard Plossu a ici extrait de ses archives des images montrant : des lecteurs ou des lectrices – au Mexique en 1966, en Inde en 1989 ou à Paris en 2017 – en train, en rue ou au lit ; des écrivains au travail – Perec, Butor, Bailly ou Noël ; des librairies et des bibliothèques – à Palerme, à Berkeley ou à Delhi ; des hiéroglyphes et des graffitis – en Égypte ou à Toulon. Un texte de Bernard Noël introduit cette série d'images.

— R.T.

Le livrarium

Figures du livre dans la bibliothèque électronique de Lisieux

 

Coordination de Nicolas Taffin et Florence Morel ; entretien avec Olivier Bogros ; préface Hervé Le Crosnier

Paris : Emém des textes, 2017. – (Acquisition et transmission des savoirs. Information-communication). – ISBN 979-10-96812-01-1.

 

On pourrait définir le Livrariun comme un musée imaginaire du livre voulant rendre la connaissance accessible à tous et en tout lieu utilisant le Web comme vecteur de diffusion. En peu de mots : c’est une bibliothèque numérique. Développée depuis plus de vingt ans par la médiathèque de Lisieux, son créateur Olivier Bogros a voulu développer un réservoir de textes accessibles facilement et gratuitement. Pour lui, c’est une question de partage, de circulation des savoirs et de rendre la connaissance accessible. Partant de son fonds ancien, il propose une sélection d’articles, de nouvelles ou brochures aussi oubliés qu’improbables faisant partie du domaine public. A cela s’ajoute un travail d’édition, d’harmonisation dans le respect des textes. Outre l’écrit, on trouve également une galerie thématique d’images et aussi un fonds sonore.
Rendez-vous sur le site de la bibliothèque électronique de Liisieux rassemblant une collection hétéroclite de textes littéraires et documentaires, scientifiques et fictionnels, sérieux ou amusants.

Cet ouvrage est une sélection de travaux qui portent sur la typographie, l’édition, le livre, et la transmission du savoir proposant des textes réparti en différents chapitres : le pavillon des auteurs, le laboratoire des éditeurs, l’atelier des imprimeurs, le cabinet des lecteurs, et enfin la galerie des bibliophiles.

Et on débute par les conseils aux jeunes littérateurs donnés par Charles Baudelaire, tout un programme !

— M-C.J.

Où sont les bibliothèques françaises spoliées par les nazis ?

 

Sous la direction de Martine Poulain​

Villeurbanne : Presses de l'Enssib, 2019. – (Papiers). – ISBN 978-2-37546-106-8.

 

En mars 2017, un colloque international, organisé par le Centre Gabriel Naudé de l’Enssib posait cette question : « Où sont les bibliothèques spoliées par les nazis ? ». Une partie des contributions sont rassemblées dans cet ouvrage, plus particulièrement, celles cherchant à localiser quelque 14 000 livres spoliés déposés dans une quarantaine de bibliothèques françaises entre 1950 et 1953 et à en connaître les caractéristiques.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les forces nazies se livrent à des pillages d'œuvres d'art et de bibliothèques dans tous les pays occupés. Quelque 5 millions de livres seront saisis en France. Qu’elles aient appartenu à des intellectuels allemands ayant fui le régime ou des familles juives déportées, c’est la minutie dans le pillage de ces bibliothèques qui sidère.

Évidemment, pour le nazisme, il s’agissait aussi de faire disparaître la moindre trace de la culture juive. « Détruire ces milliers de bibliothèques familiales ne répond à aucune stratégie d’enrichissement des bibliothèques nazies, mais avant tout à une volonté de détruire une culture, d’accompagner l’élimination physique des personnes du meurtre symbolique de leur esprit » (Martine Poulain).

Lors de la Libération, les ouvrages n’ont pas pu retrouver leurs propriétaires pour autant qu'ils aient survécu. Les forces de libération ont, en effet, souvent considéré ces ouvrages comme un butin de guerre, légitimement repris à l’ennemi. Dès lors, comment identifier, et le cas échéant, restituer les œuvres ? D'autant plus qu'à partir de 1950, ces opérations sont interrompues alors que des centaines des milliers de livres n’ont pas retrouvé leurs propriétaires.

Après un oubli de plus de cinquante ans, chercheurs et bibliothécaires s’efforcent aujourd’hui de récupérer ces documents, qui se trouvent souvent dans des bibliothèques publiques d’Europe de l’Est, d’Allemagne et d’Autriche, mais parfois aussi dans des bibliothèques françaises.

— R.T.

Ce que le numérique fait au livre

 

Bertrand Legendre​

Saint-Martin-d'Héres : PUG, 2019. – (Communication, médias et sociétés). – ISBN 978-2-7061-4195-9.

 

Cet ouvrage traite des mutations de l’édition dans ses rapports avec le numérique et s'intéresse tout particulièrement aux nouvelles formes de commercialisation, à l'évolution des relations entre auteurs, éditeurs et lecteurs, ainsi qu'à la place des réseaux sociaux dans l'approche  promotionnelle.

Il est évident que le numérique a transformé l'industrie du livre à différents niveaux. On pense bien sûr aux ebooks mais le numérique et l'accès démocratisé à Internet ont eu un réel impact sur le secteur du livre. Certains éditeurs ont ainsi souffert de cette révolution : l’édition scolaire, par exemple, qui a subit l'émergence de plateformes telles que "lelivrescolaire.fr" ou "weblettres" qui proposent des solutions personnalisées à ses usagers ou encore l’édition de savoirs qui doit rivaliser avec Wikipédia pour ne citer qu'eux.

D'un autre côté, le web participatif a grandement favoriser la possibilité offerte à tout un chacun de s’autopublier et toucher une audience plus ou moins large à moindre frais. De plus, la communication peut être maintenant gérée par les auteurs eux-mêmes qui, dès lors, s'investissent personnellement dans les relations directes avec leurs publics pour des opérations de marketing, de promotion, de référencement, etc.

L'apparition des réseaux sociaux et des sites de lecteurs a également  modifié l'approche de la promotion et de la critique qui se redéploye désormais sur les blogs, les plateformes participatives et certains sites spécialisés. Des formes de travail nouvelles pour le secteur sont apparues ainsi que de nouvelles pratiques commerciales (abonnement, streaming...). Et l'évolution n'est pas arrivée à son terme, les mutations vont continuer !

Cependant, malgré ce que l'on annonçait lors de l'apparition du numérique dans le monde du livre, le livre papier n'a pas disparu et n'est pas prêt de disparaitre. L’auteur refuse d'ailleurs tout fatalisme mais reste prudent en expliquant que les nouvelles pratiques numérique peuvent appauvrir la qualité et la diversité des produits culturels. sCar derrière les promesses de démocratisation qu'offrirait le numérique, le marché serait plutôt le monopole de quelques acteurs omniprésents…

 

— R.T.